| BORDEAUX : REPÈRES ÉCONOMIQUES 2023–2024 |
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| Catégorie | Données 2023 | Données 2024 (estimations) |
|---|---|---|
| Surface viticole totale — CIVB, Rapport 2023 | 112 000 hectares | 111 500 hectares (–0,5 %) |
| Production totale — FranceAgriMer, mai 2024 | 4,5 millions d’hectolitres (hl) | 4,2 millions d’hl (–6,7 %) |
| Répartition par couleur — Source CIVB, 2023 |
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| Catégorie | Données 2023 | Données 2024 (estimations) |
|---|---|---|
| Rouges et rosés | 89 % (4,0 millions d’hl) | 88 % (3,7 millions d’hl) |
| Blancs secs | 7 % (315 000 hl) | 7 % (294 000 hl) |
| Blancs liquoreux (Sauternes...) | 4 % (180 000 hl) | 4 % (168 000 hl) |
| Principales appellations — Source INAO, 2023 |
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| Catégorie | Données 2023 | Données 2024 (estimations) |
|---|---|---|
| Bordeaux AOC (rouge) | 2,3 millions d’hl (51 % de la production) | 2,1 millions d’hl (50 %) |
| Bordeaux Supérieur | 600 000 hl | 580 000 hl |
| Médoc | 450 000 hl | 430 000 hl |
| Saint-Émilion | 250 000 hl | 240 000 hl |
| Pomerol | 35 000 hl | 34 000 hl |
| Sauternes et Barsac | 50 000 hl | 48 000 hl |
| Exportations — Source CIVB, Rapport 2023 |
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| Catégorie | Données 2023 | Données 2024 (estimations) |
|---|---|---|
| Volume total | 1,7 million d’hl (38 % de la production) | 1,6 million d’hl (estimé) |
| Principaux marchés | Chine (25 %), UE (30 %), | Chine (20 %), UE (35 %), |
| États-Unis (15 %) | États-Unis (12 %) |
| Prix moyens (2024) — Sources CIVB / Marché à Bordeaux, 2024 |
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| Catégorie | Données 2023 | Données 2024 (estimations) |
|---|---|---|
| Bordeaux AOC rouge (vrac) | 950 €/tonneau (225 L) | 894 €/tonneau (–6 %) |
| Bordeaux Supérieur (vrac) | 1 300 €/tonneau | 1 250 €/tonneau |
| Saint-Émilion (vrac) | 1 800 €/tonneau | 1 700 €/tonneau |
| Coûts de production moyens — Syndicat des Vins de Bordeaux, 2024 |
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| Catégorie | Données 2023 | Données 2024 (estimations) |
|---|---|---|
| Bordeaux AOC rouge | 1 350 €/tonneau | 1 447 €/tonneau (+7 %) |
| Bordeaux bio | 1 600 €/tonneau | 1 750 €/tonneau |
| Catégorie | Données 2023 | Données 2024 (estimations) |
|---|---|---|
| Rendement moyen — FranceAgriMer, 2024 | 40 hl/hectare | 38 hl/hectare (–5 %) |
| Nombre de domaines — Source CIVB, 2023 | ~6 800 | ~6 700 (–1,5 %) |
| Emplois directs — Chambre d’Agriculture de la Gironde | ~55 000 | ~53 000 (–3,6 %) |
| Part des vins bio — Source CIVB, 2024 | 18 % de la surface (20 000 ha) | 20 % (22 000 ha) |
| Certifications environnementales — Source CIVB, 2024 | 65 % des domaines en HVE (Haute Valeur Environnementale) | 70 % (objectif 2025) |
Un système à deux vitesses
Le commerce bordelais fonctionne grâce à un système unique : la "Place de Bordeaux". Il repose sur le négoce, qui joue le rôle d'intermédiaire entre les producteurs et les acheteurs du monde entier. Ce positionnement lui donne un grand pouvoir sur les prix et la distribution. Si ce modèle assure une présence dans 170 pays, il a également accentué les inégalités au sein de la filière.
D'un côté, les Grands Crus Classés ne représentent qu'une infime fraction de la production (à peine 2 % des volumes), mais leur prestige leur vaut des prix élevés et une clientèle indéfectible. Leur nom suffit à vendre.
De l'autre, une myriade de propriétés familiales et de coopératives, vouées aux vins de volume, évoluent sur une ligne de crête bien plus fragile : marges comprimées, concurrence acharnée, marchés capricieux. Là où les uns cultivent la rareté comme un privilège, les autres doivent sans relâche conquérir et défendre leur place.
La structure foncière témoigne de cette fracture : la taille moyenne d'une exploitation est passée de 8 hectares en 1988 à 19 hectares en 2020, portée par une quête d'économies d'échelle face à des coûts fixes toujours plus lourds à absorber.
Une tradition prise en défaut par son époque
Le vignoble bordelais est par ailleurs pris en étau entre la hausse des coûts et l'effondrement des prix. Les charges s'envolent sous l'effet de l'inflation (énergie, verre, main-d'œuvre), atteignant 1 447 € le tonneau de 225 litres (soit 300 bouteilles de 75 cl) pour un bordeaux rouge conventionnel, tandis que les cours du vrac plongent autour de 894 € le tonneau en 2024, bien en deçà du seuil de rentabilité.
Le mal est aussi structurel : la demande s'érode. En cinq ans, de 2018 à 2023, les ventes de vins rouges ont chuté de plus d'un quart en grande distribution. En France, les habitudes évoluent, surtout chez les plus jeunes, qui se tournent désormais vers des profils plus frais, plus immédiats, parfois pétillants.
Ce glissement des goûts révèle un déséquilibre de fond : d'un côté, un vignoble façonné par des siècles de tradition autour des rouges ; de l'autre, une demande qui s'en détourne progressivement. L'écart, jamais comblé, a fini par peser : un excédent structurel estimé à un million d'hectolitres s'est accumulé.
De la régulation des surfaces à l’innovation variétale : la mue du vignoble bordelais
Face à cette crise, le vignoble bordelais a engagé de grands changements.
LIRE LA SUITEEn novembre 2025, près de 19 000 hectares de vignes avaient été arrachés en Gironde pour réduire la production et l'adapter aux besoins du marché.
Les vignerons cherchent aussi à se diversifier. Beaucoup se tournent vers le Crémant-de-Bordeaux, dont la production a été multipliée par cinq en dix ans, portée par le succès des vins pétillants. D'autres choisissent de sortir des appellations traditionnelles pour produire sous des labels plus souples, comme IGP Atlantique ou Vin de France, qui offrent plus de liberté sur les quantités produites et les types de raisins utilisés.
Le vignoble doit également s'adapter au changement climatique. À Saint-Émilion par exemple, les vendanges ont avancé de quinze jours en vingt-six ans, signe d'un réchauffement qui alourdit les vins et érode leur acidité.
Pour atténuer ces effets, les professionnels ajustent leurs pratiques. Certains domaines introduisent des cépages à maturité plus tardive, tels que le Touriga Nacional ou le Marselan, dont le cycle végétatif plus long permet de retarder les vendanges et de préserver l’équilibre du vin. D’autres privilégient des variétés résistantes aux maladies, afin de limiter le recours aux intrants chimiques.
Quel Bordeaux pour 2030 ?
L’avenir du vignoble bordelais devrait s’articuler autour de deux axes complémentaires.
Le premier axe relève du positionnement stratégique. Les AOC joueraient à fond la carte du terroir et de l'excellence. À l’inverse, les Indications Géographiques Protégées (IGP), plus souples, serviraient surtout à garantir des volumes réguliers et une place solide sur les marchés internationaux. L’une créerait de la valeur ; l’autre garantirait la masse critique.
Le second axe concerne la viabilité des exploitations. Il suppose une structuration plus rigoureuse des relations commerciales, fondée sur des contrats pluriannuels assurant aux vignerons une rémunération indexée sur leurs coûts réels de production. Pour les petites propriétés, des relais de croissance existent également avec notamment le développement de l’œnotourisme, la dynamisation des circuits courts et la valorisation d’un ancrage local auquel les consommateurs se montrent de plus en plus sensibles.
Bordeaux traverse une période de transformation profonde. Entre la réduction des surfaces viticoles et le passage au bio (déjà un quart du vignoble), la région tente de s'adapter à la fois au changement climatique et à un marché mondial en mutation. Le Bordeaux de demain sera plus diversifié et plus réactif, mais devra préserver la qualité qui a fait sa réputation pour rester économiquement viable.





