Vinéa : Bienvenue Stéphane dans Vinéa, le podcast. Vous êtes la troisième génération de vignerons dans la famille Lacondemine. Est-ce que c’était évident pour vous de reprendre le flambeau et de poursuivre le travail de votre grand-père et de votre père ? Est-ce que c’était finalement la suite normale des choses ?
Stéphane Lacondemine : Exactement. Mais on ne m’a jamais poussé à le faire. Au contraire, j’ai parfois eu des réflexions de ma grand-mère ou de ma mère qui me disaient : « Tu ne vas pas faire ça, tu sais que c’est quand même assez dur. » Mais moi, je trouvais qu’on était bien. On ne fait jamais tout à fait la même chose, on vit avec les saisons, avec l’évolution de la vigne et du vin. C’est intéressant de voir la vie évoluer sur un temps long. Bien sûr, il y a des coups durs, comme partout quand on est patron. Et puis nous sommes soumis aux accidents climatiques, qui peuvent complètement changer une année. Regardez ma femme : elle est fille de gendarme, elle n’était absolument pas du métier. Et pourtant, depuis plus de trente ans, elle va dans les vignes, elle travaille à mes côtés et elle est aujourd’hui co-exploitante. C’est aussi une satisfaction et un plaisir. Il y a tout le côté relationnel qui va avec. Parce que si vous restez là sans évoluer et que vous vendez simplement votre vin à une cave coopérative, forcément, vous pouvez avoir l’impression de faire toujours la même chose. Nous, c’est différent parce que nous avons aussi toute la partie commerciale. Et ça, c’est intéressant.
Vous vous souvenez du moment où vous vous êtes dit : « C’est ça que je veux faire comme métier » ?
Oui. Il y a eu des moments comme ça, notamment pendant les vendanges. On voyait énormément de monde, il y avait cette ambiance particulière. Et puis, surtout, quand vous avez vos parents qui vous accompagnent, ça apporte quelque chose en plus. C’est un peu ce que nous vivons aujourd’hui avec notre fille Morgane. C’est motivant, ça vous encourage et ça vous réconforte dans le travail. À la fin de la troisième, j’ai abandonné le parcours scolaire classique et je suis parti dans un collège viticole. Et ensuite, ça s’est fait tout seul.
À quel moment êtes-vous devenu véritablement vigneron ? À quel moment avez-vous pris suffisamment de recul pour vous dire : « Maintenant, je vais le faire à ma manière » ?
On a changé beaucoup de choses par rapport à ce que faisait mon père. Pour travailler la vigne, on fait forcément beaucoup de choses qui se ressemblent d’une génération à l’autre. Ce qui évolue, c’est le matériel, les techniques, les produits, les connaissances.
Mais le plus important, c’est la vinification, la manière de travailler le vin. Là, les choses ont énormément changé. On n’utilise plus les mêmes cuves, on est passé notamment aux cuves inox. Mon père a été l’un des premiers à faire de la thermo-vinification. À l’époque, ce n’était pas quelque chose de courant. Il y a donc eu beaucoup d’évolutions. Et puis, petit à petit, elles se transmettent. On gagne du temps, on gagne de la pénibilité et, aujourd’hui, ces techniques font partie de notre quotidien.
Pour moi, le véritable déclic est arrivé autour des années 2010. Il y a eu de gros changements à ce niveau-là. Aujourd’hui, je vinifie à ma façon. Mon père aurait peut-être voulu que je fasse les choses autrement, mais il n’est malheureusement plus là pour me le dire.
Quand on obtient un joli résultat, on continue dans cette direction. On n’a plus les anciens pressoirs en bois comme autrefois. On travaille avec des pressoirs pneumatiques, entièrement en inox. On ne laisse plus grand-chose au hasard.
Nous sommes suivis par un œnologue, les cuves sont suivies quotidiennement et je fais également mes propres analyses au laboratoire.
Le métier a vraiment énormément changé.
On parle de votre métier et du vin à l’occasion des événements Vinéa Days Morocco, des rencontres B2B organisées par Vinéa Pro France, une société spécialisée dans le sourcing de vins pour les grossistes, importateurs, cavistes, restaurants et hôtels. Vous allez être présent au Maroc pour présenter vos vins avec d’autres vignerons d’AOC françaises auprès des professionnels et du grand public. Qu’attendez-vous de ces rencontres ?
J’adore ça. Moi, j’aime le relationnel. Le Maroc est justement un marché qui est en train de s’ouvrir. Il faut donc être très ouvert, proposer des choses, mais surtout savoir expliquer ce que l’on fait. La personne qui est en face de vous doit comprendre votre produit. Si vous lui parlez uniquement avec des termes techniques ou avec des noms d’appellations qu’elle ne connaît pas, vous perdez immédiatement son attention.
Il faut donc savoir présenter son vin, expliquer d’où il vient, comment il est fait et ce qui fait sa particularité. Il faut être convaincant et cohérent dans ses propos. J’attends beaucoup de ces rencontres parce que, selon moi, le marché marocain va devenir de plus en plus porteur.
Une fois que vous avez réussi à faire votre place, même s’il existe de gros distributeurs et de grandes maisons, vous pouvez construire quelque chose. Je ne cherche pas à vendre des millions de bouteilles. Mon objectif, c’est déjà de poser les premiers jalons. Ensuite, cela ne peut que grandir.
Le marché est ouvert. Il n’y a plus qu’à y aller.
Revenons à votre terroir en France. Pour les amateurs de vin, les coteaux du Beaujolais sont déjà très évocateurs. À quoi ressemble votre terroir ? Faites-nous une petite visite guidée.
Chez nous, c’est très vallonné. Nous sommes au pied d’un col qui monte à environ 700 mètres, à Vaux-en-Beaujolais. Si vous partez du sud du Beaujolais, vous allez retrouver différents types de sols et de paysages. Dans le sud, on trouve davantage de terrains argileux. En remontant vers le cœur du Beaujolais, notamment chez nous, on arrive sur des sols granitiques, qui sont beaucoup plus pauvres.
Ensuite, lorsque vous arrivez dans les crus, c’est encore plus complexe. On retrouve une diversité de terroirs qui peut rappeler, par certains aspects, la Bourgogne.
Prenez le Brouilly : vous avez différents types de sols. Sur la Côte de Brouilly, par exemple, on retrouve cette fameuse pierre bleue qui caractérise une partie du terroir. C’est elle qui apporte ce que nous appelons ici le « grain ».
Et puis, selon les appellations — Morgon, Juliénas, Saint-Amour, Moulin-à-Vent — les sols évoluent et donnent des expressions différentes.
C’est ce qui fait le charme du Beaujolais. Même au sein d’une même appellation, les sols peuvent être différents. Et comme les racines de la vigne descendent profondément, elles vont chercher ce qu’il y a dans le sol. C’est ce qui explique cette diversité entre les appellations.
Moi qui travaille avec différents vins du Beaujolais, je peux vraiment sentir la différence dans les arômes et dans les goûts. C’est très typique. Et c’est, à mon avis, l’une des grandes forces du Beaujolais.
Comment entretient-on un terroir comme celui-là ?
Il y a deux grandes méthodes : l’entretien mécanique et l’entretien chimique. L’entretien mécanique se fait avec des outils, alors que l’entretien chimique repose sur l’utilisation de désherbants. Mais aujourd’hui, « le mécanique » devient parfois compliqué, notamment avec les problèmes de sécheresse.
Il faut aussi nourrir les sols. On utilise notamment des engrais organo-minéraux. C’est très important. La vigne a besoin de nourriture. Vous avez des terrains argilo-calcaires, comme dans certaines zones du Beaujolais, qui ont une capacité de rétention de l’eau et de la matière organique très différente de celle des terrains pauvres et granitiques. C’est un peu comme lorsque vous plantez un arbre. Vous mettez un pommier dans un terrain argileux et un autre dans un terrain granitique : si vous leur apportez la même nourriture, ils ne pousseront pas de la même manière.
Stéphane, quels sont les principaux cépages que vous travaillez au Domaine Lacondemine ?
C’est assez simple : principalement le Gamay pour les rouges et le Chardonnay pour les blancs.
Le Gamay est vraiment le cépage emblématique du Beaujolais.
Pour les blancs, nous travaillons le Chardonnay. Il existe d’autres possibilités, mais chez nous, ce sont vraiment ces deux cépages qui dominent.
Sur vos 32 hectares, quelles sont les appellations que vous préférez travailler ?
J’ai deux ou trois parcelles sur le Brouilly et surtout sur le Côte de Brouilly où, vraiment, je trouve une belle typicité. Le Brouilly doit être tout dans le fruit, avec cette couleur rubis. Il doit être explosif. Et le Côte de Brouilly, notamment lorsqu’il est issu de parcelles exposées au sud, avec cette pierre bleue et ce granit bleu, apporte davantage de puissance. Ça sort vraiment du lot.
Quand vous avez des vignes qui donnent ce fameux « grain », ça fait plaisir.
Parlons maintenant de votre travail. C’est intéressant de savoir comment vous travaillez au fil d’une année. Quelles sont les différentes phases importantes ?
La période la plus longue, c’est la taille. Et comme nous avons de moins en moins d’hiver, on a l’impression qu’il faut aller de plus en plus vite. Nous sommes très méticuleux sur la taille. Nous en faisons une grande partie nous-mêmes parce que, lorsque vous faites intervenir quelqu’un qui ne connaît pas parfaitement vos parcelles, le travail n’est pas forcément réalisé comme vous le souhaitez.
Chez nous, la taille représente environ trois mois et demi de travail. C’est la période la plus longue et probablement la plus fatigante.
Ensuite, on passe très vite au printemps. La vigne commence à pousser et il faut rapidement intervenir.
Puis viennent le relevage et le palissage : on remonte progressivement les fils pour accompagner la croissance de la vigne.
Et, petit à petit, on arrive à la véraison, puis aux vendanges. On a presque l’impression de ne plus avoir de coupure. On n’a pas terminé certains travaux qu’il faut déjà commencer à penser aux vendanges.
Cette année, nous allons faire une petite année, avec environ treize à quatorze jours de vendanges. Et l’année prochaine, Morgane, ma fille, va récupérer six hectares de Brouilly et un hectare de Chardonnay puisqu’elle va s’installer. Cela va forcément rallonger la période des vendanges. Mais il faut faire attention : lorsque vous commencez les vendanges et que vous allez jusqu’à la fin, si vous avez des parcelles tardives, vous risquez d’arriver trop tard pour les récolter.
Il faudra donc être plus nombreux pour ramasser davantage de raisins chaque jour et compenser. En général, chez nous, les vendanges durent au moins deux semaines. Et puis, il y a toujours Mamie Lacondemine, ma mère. Elle a 80 ans et elle nous fait encore à manger !
Il faut bien qu’elle participe à sa manière. Sinon, elle s’ennuie.
Je trouve que vous utilisez beaucoup Mamie ! Après les vendanges, il y a évidemment l’étape de la vinification, qui est essentielle. Comment cela se passe-t-il chez vous ?
Nous vendangeons à la main. Nous n’utilisons pas de machine. J’en ai déjà utilisé une, mais ça ne me plaît pas. Je trouve qu’il y a trop de pertes et je n’aime pas avoir tout ce jus en excès. Moi, ce que j’aime, c’est travailler avec la grappe entière. Les raisins sont donc acheminés jusqu’au cuvage et rentrent en cuve. C’est là qu’intervient notamment la thermo-vinification.
Le jus qui se trouve dans la cuve est récupéré et renvoyé sur le haut de la cuve. On chauffe alors fortement, jusqu’à environ 68 degrés. Cela permet d’éliminer les bactéries indésirables et de sécuriser le processus. Ensuite, il faut refroidir très rapidement. La cuve est refroidie en quelques heures, jusqu’à revenir autour d’une vingtaine de degrés. À partir de là, la fermentation peut commencer.
Nous utilisons des levures sélectionnées afin de maîtriser la fermentation et d’éviter que d’autres micro-organismes ne prennent le dessus. On peut également utiliser des tanins, notamment d’origine végétale.
La cuvaison se poursuit ensuite dans des cuves thermorégulées. Nous pouvons chauffer ou refroidir les cuves grâce à un système qui permet de contrôler précisément la température.
Pour un Beaujolais Nouveau, au bout de quatre à cinq jours, on peut commencer à vider le jus, sortir le raisin et passer au pressurage.
Pour un cru, la cuvaison peut être beaucoup plus longue, jusqu’à une dizaine de jours dans certains cas. La thermo-vinification permet d’aller beaucoup plus vite qu'une méthode traditionnelle sans chauffage, où l’on travaillait à des températures autour de 25 à 27 degrés.
Avec la thermo, on extrait beaucoup plus rapidement. On voit également très vite la couleur que le vin va prendre. En quelques heures, on peut déjà avoir une bonne idée de son potentiel aromatique et de sa structure.
LIRE LA SUITEEt après la vinification, il y a une autre phase essentielle : l’élevage.
Oui. Chaque appellation est stockée dans des cuves différentes, qui sont clairement identifiées. Sur le domaine, nous avons toute la chaîne d’embouteillage : de la laveuse jusqu’à la filmeuse. Nous sommes donc complètement autonomes. Nous avons également notre propre filtre tangentiel. C’est moi qui gère l’ensemble des vins et nous ne faisons pas appel à un prestataire extérieur pour ces opérations. Une fois que la fermentation alcoolique puis la fermentation malolactique sont terminées, on procède aux soutirages.
Il faut prendre une cuve, la vider dans une autre, la nettoyer, remettre le vin dedans, et ainsi de suite. Cela représente énormément de travail. Ensuite vient la filtration. L’avantage du filtre tangentiel, c’est qu’il permet une filtration très efficace sans utiliser les systèmes traditionnels de filtration sur terre. Le vin ressort parfaitement clair. C’est un système de filtration qui est vraiment remarquable. Il coûte cher, mais on comprend pourquoi. Le principe est assez simple : le vin circule sous pression à travers une membrane. Le système utilise notamment des billes en céramique qui permettent la filtration. Ensuite, le filtre se nettoie automatiquement. Il est piloté par ordinateur et fonctionne quasiment tout seul. Il a simplement besoin d’eau chaude et d’air comprimé pour assurer son nettoyage. Pour moi, c’est vraiment le top. Et surtout, on n’a pas ce goût de filtration que l’on pouvait parfois retrouver avec certaines anciennes techniques. En plus, il travaille assez vite. Moi, je le fais souvent fonctionner la nuit. J’ai même une caméra devant l’écran pour pouvoir surveiller ce qui se passe à distance.
C’est pratique parce que j’habite juste à côté du domaine, mais cela me permet aussi de m’absenter. Ensuite, lorsque le vin est prêt, on passe à la mise en bouteille.
Mais avant cela, il faut évidemment déguster, contrôler le niveau de gaz carbonique, vérifier les analyses et respecter les critères propres à chaque appellation. Et puis, bien sûr, il y a le soufre. Malheureusement, si vous voulez conserver correctement le vin, il faut le sulfiter, mais toujours à la dose minimale nécessaire.
À quel moment savez-vous qu’un millésime est bon ? À quel moment êtes-vous vraiment satisfait ?
Quand on a terminé le pressurage, les vins partent en fermentation alcoolique, puis en fermentation malolactique. À ce moment-là, on commence déjà à avoir une première idée de ce que le vin va donner, notamment au niveau du fruit.
Après la fermentation malolactique, on a une deuxième lecture du vin, puisqu’il a notamment perdu une partie de son acidité. On voit alors comment il évolue.
Ensuite, lorsqu’il a été soutiré, mis au propre mais pas encore filtré, je fais venir mon œnologue. On déguste ensemble, on regarde les vins ensemble, on échange. Il faut avoir plusieurs points de vue. C’est comme ça que commence vraiment le travail de finition du vin.
Ensuite, les vins deviennent des vins tranquilles. Ils se reposent, les matières se déposent et, à ce moment-là, on peut vraiment commencer à peaufiner le résultat. On peut éventuellement réaliser certains assemblages. Et ensuite, le vin suit son chemin.
C’est une première dans ce podcast : nous allons déguster plusieurs de vos vins. On commence par le Brouilly.
Le Brouilly, c’est une force de frappe du Beaujolais. C’est l’une des appellations les plus connues, avec le Morgon. Au niveau de la dégustation, je le veux puissant en fruit, mais pas en alcool. Ce qui compte, c’est la puissance du fruit, pas forcément un degré alcoolique élevé. C’est ce qui fait des vins faciles à boire, avec déjà une certaine profondeur, mais sans être trop marqués.
Pourquoi j’aime le Brouilly ? Parce que lorsqu’on le présente à un client, il déplaît rarement. Il est consensuel. Le client ne va presque jamais vous dire : « Je n’aime pas. »
Alors que si vous lui proposez un Morgon avec davantage de caractère, davantage de grain, il peut parfois trouver cela trop marqué.
Le Brouilly, lui, passe très facilement.
Et le Chardonnay ?
Le Chardonnay, c’est la même chose : j’aime beaucoup son côté fruité. J’en ai planté sur des parcelles qui sont en appellation Beaujolais et Beaujolais-Villages.
J’ai également du Bourgogne Chardonnay. Au bout de quelques années, les Bourguignons ont fini par nous dire stop parce que nous faisions, selon eux, un peu trop de concurrence !
Aujourd’hui, nous avons donc du Chardonnay sous les appellations autorisées dans le Beaujolais, notamment Beaujolais et Beaujolais-Villages. Moi, je le fais assez rond. Quand vous regardez la robe dans le verre, vous voyez qu’il a de la matière. Mais je veux surtout qu’il reste très facile à boire, avec des notes de pêche blanche et de poire. Il est également floral. Il n’a évidemment pas la puissance d’un Pouilly-Fuissé du Mâconnais ou de certains grands vins blancs bourguignons. Mais il est très facile à boire et très intéressant. Personnellement, il me manque du Chardonnay en vin tranquille. Je n’en ai jamais assez !
Et enfin, une appellation que vous aimez beaucoup et qui est peut-être moins connue que le Brouilly : le Fleurie.
Le Fleurie, je trouve que c’est une appellation qui mériterait d’être encore plus connue. Elle souffre un peu parce que les gens ne la connaissent pas forcément et qu’elle n’a pas la même notoriété que le Brouilly ou le Morgon. Le Fleurie est principalement installé sur des sols granitiques.
Chez nous, j’ai notamment des parcelles avec un terroir particulier, qui donnent des profils très intéressants. Le Fleurie n’a pas forcément une énorme intensité colorante, mais il peut être très fin et très aromatique.
Il y a eu une époque où il avait notamment de gros marchés à l’export, en particulier en Angleterre et en Suisse. Mais beaucoup de ces marchés se sont perdus au fil du temps. Pourtant, le Fleurie reste vraiment très intéressant.
C’est un peu la tradition dans ce podcast. Je sais que c’est une question compliquée pour les vignerons : quel est votre vin préféré parmi ceux que vous produisez ?
Cette année, je dirais le Côte de Brouilly. Il me plaît beaucoup. Et je le partage avec ma fille Morgane. Ma femme, on ne peut pas vraiment lui demander son avis parce qu’elle ne boit pas d’alcool !
Et puis Mamie, elle est toujours d’accord avec moi !
Le Fleurie aussi, parce que cette année, j’ai vraiment fait quelque chose de bien avec ce vin. L’année dernière, par exemple, alors que le rendement moyen tournait autour de 55 hectolitres à l’hectare, j’en ai fait seulement 24. Donc vous voyez un peu la différence.
Et une question encore plus compliquée : quel est votre vin préféré lorsque vous n’êtes pas en train de boire vos propres vins ?
Moi, je suis curieux. Dans les blancs, j’aime bien goûter les différents Chardonnay. C’est toujours intéressant de comparer avec ce que je fais moi-même.
J’aime aussi beaucoup les vins de Bourgogne.
J’ai un collègue qui fait un très joli Pouilly-Fuissé, et j’aime bien aussi le Saint-Véran.
En rouge, cela dépend vraiment des régions. Le Bordeaux, par exemple, ce n’est pas forcément ce que je recherche. Il faudrait que j’y revienne, parce que c’est parfois plus difficile à boire n’importe quand et n’importe comment.
J’aime bien certains Côtes-du-Rhône. Il y a notamment des domaines qui font de très belles choses comme le Chateau des Coccinelles. Ce que j’aime, c’est quand le vin est typé, mais qu’il reste facile à boire.
Je ne vais pas forcément aller vers un Gigondas ou un Rasteau très puissant, ni vers certains Côtes-du-Rhône-Villages qui peuvent monter à 14,5 degrés et devenir trop lourds pour moi. En revanche, un très bon Côtes-du-Rhône, bien équilibré, j’aime beaucoup.
Dans chaque épisode de Vinéa, nous parlons aussi d’export avec les vignerons. Je dois dire que les expériences sont très différentes d’un domaine à l’autre. J’ai moi-même découvert le Domaine Lacondemine à Casablanca, au Maroc, et je sais que c’est un marché qui vous intéresse beaucoup. Mais vous avez aussi une expérience de l’export beaucoup plus lointaine : la Chine. Racontez-nous.
Cela ne fait pas si longtemps que ça. Il y a peut-être cinq ans. J’ai travaillé avec la Chine pendant environ deux ans. Nous étions plusieurs vignerons, cinq au total, avec un intermédiaire français dont la femme avait une boutique à Shanghai. C’était dans un immense complexe commercial où il y avait énormément de boutiques. Elle avait là-bas une cave à vins. Mais j’ai finalement arrêté. C’était trop compliqué à gérer avec les Chinois. C’est très loin et, surtout, je n’avais pas les yeux sur la marchandise. Moi, j’ai besoin de pouvoir suivre les choses. Une fois, par exemple, une palette de vins est restée bloquée dans le port de Hong Kong, en plein soleil, simplement parce qu’il manquait une virgule derrière un mot en mandarin sur un document ! Voilà, c’est ce genre de problème. J’ai donc préféré revenir à des marchés plus proches.
Dernière question. Vous avez cité Morgane, votre fille, qui a choisi de suivre la même voie que vous. Elle sera donc la quatrième génération de vignerons dans la famille. Ça doit vous rendre extrêmement fier.
Oui, et vous savez pourquoi ? Parce qu’au départ, elle n’avait pas prévu de faire ça. Elle est arrivée sur un autre parcours. Elle voulait notamment être vendeuse. Elle a du bagou, comme son père ! Et puis, finalement, elle a voulu revenir travailler sur le domaine. C’est ça qui me fait plaisir. Parce qu’au fond, ce que nous avons construit, ce n’est pas seulement des hectares de vigne. C’est le patrimoine que nous avons acquis, les terrains, les appellations que nous travaillons, tout ce que nous avons fondé.
Et surtout, il y a le fichier clients. Le fichier clients, c’est extrêmement important. Parce qu’aujourd’hui, nous vendons notre nom. C’est un peu comme certaines grandes maisons : Chapoutier, Georges Dubœuf et d’autres.
Moi, je vends le Domaine Lacondemine. Et j’ai envie que Morgane fasse perdurer ce nom. C’est ça qui me fait vraiment plaisir. Sinon, franchement, j’aurais pu mettre un chef de culture, continuer mon commerce et faire autre chose. Mais ce n’est pas pareil. Ce que j’aime, c’est cette transmission. Alors maintenant, il faut en profiter !
Merci Stéphane. Stéphane Lacondemine, du Domaine Lacondemine à Vaux-en-Beaujolais. N’oubliez pas : l’abus d’alcool est dangereux pour la santé. À consommer avec modération. Et nous, on se retrouve très bientôt pour un nouvel épisode de Vinéa, le podcast de La Vigne à la Table.
LE VIGNERON STÉPHANE LACONDEMINE EN 3 EXPRESSIONS
"Le Brouilly, c’est une force de frappe du Beaujolais."
"Le vin suit son chemin..."
« Ma femme, on ne peut pas vraiment lui demander son avis parce qu'elle ne boit pas d'alcool ! Et puis Mamie, elle est toujours d'accord avec moi ! »
LE DOMAINE LACONDEMINE EN CHIFFRES
LOCALISATION :
Vaux-en-Beaujolais (69)
SUPERFICIE :
32 hectares
CÉPAGES :
Gamay (rouges), Chardonnay (blancs)
APPELLATIONS :
Brouilly, Côte de Brouilly, Fleurie, Beaujolais, Beaujolais-Villages
GÉNÉRATIONS :
3ᵉ génération active, 4ᵉ en arrivée (Morgane)
SPÉCIFICITÉS :
Vendanges manuelles, thermo-vinification, filtration tangentielle, autonomie complète de mise en bouteille









Domaine Lacondemine : la passion du Gamay au rythme des générations
Revue de Presse : Domaine Lacondemine, l'éloge du Beaujolais par la critique