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DU VIGNOBLE À LA TABLE

PROVENCE • CULTURE

Provence :
l'ivresse des mots
sous la plume de six écrivains

Six voix, séparées par les époques et les origines, convergent vers une même constatation. En Provence, la vigne n'est pas seulement une culture agricole. Elle est un langage, une source d'inspiration...

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Illustration générée par IA

Portrait d'Alexandre Dumas par Nadar (1855)
Alexandre Dumas par Félix Nadar en 1855. Nadar / Domaine public

PROVENCE • CULTURE

Alexandre Dumas et le vin provençal

Romancier, dramaturge et gastronome français

(Né le 24 juillet 1802 à Villers-Cotterêts – Décédé le 5 décembre 1870 à Puys)

« Le vin est la partie intellectuelle d'un repas. Les viandes et les légumes n'en sont que la partie matérielle. »

Le Grand Dictionnaire de cuisine (Éditions Alphonse Lemerre, 1873)

Dans son Grand Dictionnaire de cuisine, publié à titre posthume en 1873, Alexandre Dumas offre un témoignage rare sur les vins de Provence. De passage à Saint-Tropez en 1866, le romancier-gastronome observe avec attention les crus méditerranéens et consacre plusieurs entrées à leurs spécificités : couleur, degré d’alcool et harmonies avec la cuisine du Sud.

Portrait de l'écrivaine Colette
Sidonie-Gabrielle Colette (1873–1954), amoureuse de la terre et des vignes varoises. Archives / Domaine public

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Colette ou l’amour du vin de Provence

Romancière et chroniqueuse française

(Née le 28 janvier 1873 à Saint-Sauveur-en-Puisaye – Décédée le 3 août 1954 à Paris)

« La vigne, ici, ne pousse pas, elle court. Elle s'accroche aux murs, s'étire vers la mer, et le vin qui en naît garde en lui le sel des embruns et la chaleur du thym séché. »

Mes apprentissages (Fayard, 1936)

Colette a trouvé dans le Midi un refuge et une source d’inspiration inépuisable. Installée dans le Var à partir de 1919, elle a fait du paysage provençal le théâtre de ses observations les plus fines, captant avec justesse la relation intime entre la terre, le climat et la vigne. Romancière et chroniqueuse du quotidien, Colette aborde le végétal avec une sensibilité botanique rare. Loin des manuels techniques, elle saisit dans cette image la capacité du cep, le pied de vigne, à s’adapter aux contraintes méditerranéennes.

Marcel Pagnol en Provence en 1947
Marcel Pagnol (1895–1974), chantre des collines et des vendanges familiales en Provence. Archives 1947 / Domaine public

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Marcel Pagnol, la vigne comme mémoire familiale

Écrivain, dramaturge, cinéaste et académicien français

(Né le 28 février 1895 à Aubagne – Décédé le 18 avril 1974 à Paris)

« Les vendanges arrivaient comme une fête, et le vin nouveau, encore trouble, sentait la terre chaude et le raisin écrasé. »

Le Temps des amours (1957 - Éditions de Fallois)

Si Marcel Pagnol, n’a jamais signé de traité d’œnologie, ses souvenirs d’enfance restent l’un des témoignages les plus vivants sur la place de la vigne dans la Provence du début du XXᵉ siècle. Dans La Gloire de mon père (1957), Pagnol décrit avec la même précision les excursions dominicales vers les collines de l’Étoile, où la table dressée sur l’herbe inclut invariablement le pichet de vin local.

Portrait de Jean Giono en 1937 par Eugène Martel
Jean Giono (1895–1970), portrait réalisé par Eugène Martel en 1937. Eugène Martel / Domaine public

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Jean Giono, le terroir comme personnage

Écrivain et poète français de Haute-Provence

(Né le 30 mars 1895 à Manosque – Décédé le 8 octobre 1970 à Manosque)

« La vigne, sur ces pentes calcaires, ne demande qu'à vivre, et le vin qui en sort porte en lui la lumière et la minéralité du pays. »

Les Vraies Richesses (1936 - Gallimard)

Giono a fait de la haute Provence le théâtre de son œuvre. Dans Les Vraies Richesses (1936) et Jean le Bleu (1932), édités chez Gallimard, il décrit les paysages agricoles où la vigne s'entremêle aux oliviers et aux amandiers. Giono n'en fait pas un sujet technique, mais un élément vivant du territoire, lié au cycle des saisons, au travail de la terre et à la résistance des hommes face aux aléas climatiques.

Portrait de Frédéric Mistral, Prix Nobel de littérature
Frédéric Mistral (1830–1914), poète de Mirèio et Prix Nobel de littérature 1904. J. Lemaresquier / Domaine public

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Frédéric Mistral, le vin dans la poésie occitane

Poète provençal, fondateur du Félibrige et Prix Nobel de littérature (1904)

(Né le 8 septembre 1830 à Maillane – Décédé le 25 mars 1914 à Maillane)

« Grand soulèu de la Prouvènço, gai coumpaire dóu Mistrau, tu que tarisses la Durenço coume un flòt de vin de Crau. »

Mirèio (1859 - Éditions de la Pléiade)

Prix Nobel de littérature en 1904, Frédéric Mistral a élevé la langue provençale au rang de patrimoine universel. Fondateur du Félibrige, mouvement dédié à la renaissance de la culture occitane, il a fait de la terre, des saisons et du vin les piliers de son œuvre littéraire. Dans cette épopée en douze chants, publiée en occitan avec traduction française, Mistral tisse un lien direct entre le climat et la vigne. Le vers célèbre le soleil provençal qui assèche la Durance avec la même intensité qu’il fait mûrir les raisins de la plaine de la Crau. Le vin n’est pas ici un simple breuvage, mais une métaphore de l’abondance méridionale, née de la rencontre entre la lumière, le vent du nord et des sols calcaires bien drainés.

Vignoble du Luberon en Provence (Peter Mayle)
Les vignes du Luberon, décor d'Une année en Provence de Peter Mayle (1939–2018). Wikimedia Commons · CC BY-SA 3.0

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Peter Mayle ou l'œil de l'étranger qui célèbre les vignobles de Provence

Écrivain britannique amoureux du Luberon et de la Provence

(Né le 14 septembre 1939 à Brighton – Décédé le 18 janvier 2018 à Avignon)

« Le vin rosé de cette région n'est pas une simple boisson, c'est un état d'esprit, né du soleil et du mistral, servi frais pour accompagner la chaleur du jour et la lenteur des repas. »

Peter Mayle, écrivain britannique installé dans le Luberon, observe la viticulture provençale avec le regard d'un étranger fasciné. Son regard d'observateur étranger a capté l'essence du quotidien méridional, faisant du vin un fil rouge de ses récits et un marqueur de l'identité provençale. Dans « Une année en Provence », récit fondateur, Mayle ne se contente pas de décrire un breuvage. Il saisit comment le climat méditerranéen impose son rythme à la table. Dans « Toujours en Provence » (Éditions du Seuil, 1991), l’auteur déclare « On ne boit pas le vin de Provence pour se griser, on le boit pour prolonger l'été. »

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