| COULEUR | CÉPAGES PRINCIPAUX | CÉPAGES SECONDAIRES | |
|---|---|---|---|
| ROUGE (Production importante : 35 %) | Folle Noire (Fuella Nera), Braquet. | Cinsaut, Grenache. | |
| LE STYLE Avec accords Mets Vin | Souple, fruits rouges, épicé, gouleyant. Accords mets : Daube niçoise, lapin aux olives, fromages frais. | ||
| BLANC (Production notable : 25 %) | Rolle (Vermentino) ≥ 60 %. | Clairette, Ugni Blanc, Bourboulenc, Chardonnay. | |
| LE STYLE Avec accords Mets Vin | Frais, floral, agrumes, minéral, iodé. Accords mets : Salade niçoise, poissons, tarte aux blettes. | ||
| ROSÉ (Production majoritaire : 40 %) | Braquet, Folle Noire (≥ 60 %). | Cinsaut, Grenache, Rolle. | |
| LE STYLE Avec accords Mets Vin | Fin, floral, fruits rouges, délicat. Accords mets : Petits farcis, pissaladière, légumes grillés. | ||
| PRODUCTION TOTALE/AN | ~1 100 hl (2024). | ||
| NB DE DOMAINES | 9 propriétés. | ||
| SOLS DOMINANTS | Poudingue, marnes calcaires, sables argileux. | ||
| CLIMAT | Méditerranéen, altitude 200-400m, brise marine. | ||
| RELIEF | Collines en terrasses sur la commune de Nice. | ||
| POTENTIEL DE GARDE | Blanc : 3-5 ans / Rouge : 3-6 ans / Rosé : 1-2 ans. | ||
BELLET : UN VIGNOBLE URBAIN
Bellet possède une histoire singulière : c'est le seul vignoble français situé en pleine zone urbaine dense. Depuis l'Antiquité, les vignes occupent ces collines niçoises, témoins d'un patrimoine viticole exceptionnel. Les fouilles archéologiques menées par le Musée d'Archéologie de Nice Cimiez ont mis au jour dans les hauteurs de la ville des vestiges de pressoirs rupestres et des amphores datant du IIᵉ siècle avant notre ère. Ces découvertes confirment une activité viticole structurée bien avant la conquête romaine, pratiquée par les Ligures. Les archives départementales des Alpes-Maritimes conservent également des rapports de fouilles mentionnant la présence de dolia (grandes jarres de stockage) dans les villas romaines des hauteurs niçoises.
Au Moyen Âge, les moines de l'abbaye de Saint-Pons, l'un des plus antiques monastères de la Côte d'Azur avec l’abbaye de Lérins, développent au Xᵉ siècle les techniques de culture par un réseau de restanques, des terrasses soutenues par des murs de pierre sèche, qui structurent encore aujourd'hui le paysage viticole de l’AOC. Ces aménagements permettent de cultiver des pentes abruptes tout en luttant contre l'érosion. Les Archives départementales des Alpes-Maritimes mentionnent des donations de vignes situées « in loco de Belleto » dès 1073.
De 1388 jusqu’en 1860, Nice et son comté se donnent à la Savoie par les « déditions de Nice », un acte signé à l'église franciscaine de Nice qui permet à la Maison de Savoie d'obtenir un accès direct à la mer Méditerranée et sépare le Comté de Nice de la Provence jusqu'en 1860. Pendant près de cinq siècles, le vignoble de Bellet bénéficie de la protection des ducs de Savoie, qui reconnaissent la valeur économique de ces vins exportés vers Turin et Chambéry, où ils sont appréciés à la cour ducale. Cette période faste dure jusqu'au rattachement de Nice à la France en 1860, suite au traité de Turin signé par Napoléon III et Victor-Emmanuel II.
Au XIXe siècle, entre 1880 et 1890, la crise du phylloxéra détruit plus de 80 % du vignoble niçois. Les vignerons bellettois se mobilisent alors et replantent en sélectionnant des porte-greffes américains adaptés aux sols pauvres et caillouteux de Bellet. En 1895, le syndicat viticole de Nice est fondé. En 1941, les producteurs, menés par des figures emblématiques comme la famille Chiris (propriétaire du domaine de la Source), obtiennent le classement en AOC, puis en zone protégée dans les années 1980 pour faire face à l’explosion urbaine de Nice. Aujourd'hui, neuf domaines se battent pour préserver ces 55 hectares, donnant à chaque bouteille une valeur patrimoniale inestimable.
CÉPAGES AUTOCHTONES ET SOLS EN TERRE DE BELLET
Bellet offre une géologie complexe : sols de poudingue (galets roulés cimentés), marnes calcaires et sables argileux. Cette diversité, couplée à une altitude comprise entre 200 et 400 mètres, crée un microclimat unique. L'influence méditerranéenne est tempérée par l'altitude, qui apporte fraîcheur nocturne et amplitude thermique.
LIRE LA SUITELe sirocco, vent chaud venu d'Afrique, alterne avec la brise marine, créant des conditions de maturation exceptionnelles. Face à ce terroir exigeant, les vignerons cultivent des cépages autochtones rares : la Folle Noire (rouge), le Rolle (blanc) et le Braquet (rosé et rouge). Ces variétés, adaptées depuis des siècles aux sols pauvres et au climat local, confèrent aux vins une typicité incomparable. Les rendements sont volontairement limités (30 à 40 hl/ha). Le travail en terrasses nécessite un entretien manuel constant, renforçant le caractère artisanal de l'appellation, où de plus en plus de domaines s'engagent dans l'agriculture biologique.
ASSEMBLAGES UNIQUES, SIGNATURE NIÇOISE
L'identité de Bellet repose sur des cépages spécifiques, peu connus ailleurs, répartis de façon équilibrée entre les trois couleurs (40 % de rosés, 35 % de rouges et 25 % de blancs selon les données officielles).
Pour les rosés (40 % de la production), le Braquet, cépage niçois par excellence, domine en apportant finesse et notes florales, associé à la Folle Noire, au Cinsaut et au Grenache.
Les rouges (35 % de la production) sont élaborés principalement à partir de Folle Noire (appelée aussi Fuella Nera), cépage local donnant des vins souples, structurés et fruités, complétés par le Braquet et le Cinsaut.
Pour les blancs (25 % de la production), le Rolle (Vermentino) domine largement (au moins 60 %), accompagné de Clairette, de Bourboulenc et d'Ugni Blanc. Le Rolle apporte des arômes d'agrumes, de fleurs blanches et une minéralité saline remarquable.
L'élevage varie selon les styles : cuves inox pour les blancs et rosés frais, fûts de chêne pour les rouges et grands blancs de garde. Certains domaines pratiquent la macération carbonique pour les rouges, développant des arômes de fruits confits.
DÉGUSTATION : L'AUTHENTICITÉ NIÇOISE EN BOUCHE
Les blancs, frais et élégants, présentent une robe jaune pâle aux reflets verts. Le nez s'ouvre sur des arômes d'agrumes (citron, bergamote), de fleurs blanches (jasmin, fleur d'oranger) et une touche iodée. En bouche, l'attaque est vive, le milieu de bouche rond, la finale minérale et persistante. Servis à 10-12°, ils accompagnent parfaitement une salade niçoise authentique, un poisson grillé à la provençale ou une tarte aux blettes.
Les rouges, souples et gouleyants, affichent une robe rubis clair à soutenu. Le nez révèle des fruits rouges frais (cerise, framboise), des notes épicées et une touche de garrigue. En bouche, les tanins sont fins, la matière élégante, la finale fruitée. À 14-16°, ils subliment une daube niçoise, un lapin aux olives ou un fromage de chèvre frais.
Les rosés, d'une grande finesse, offrent une robe saumonée pâle à soutenue. Le nez évoque les fruits rouges (fraise des bois), les fleurs (rose, pivoine) et une touche d'agrumes. En bouche, la fraîcheur domine, avec une finale délicate et iodée. À 8-10°, ils s'accordent avec des petits farcis niçois, une pissaladière ou des légumes grillés. En trois couleurs, chaque bouteille de l’AOC Bellet raconte Nice et sa lumière.











