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DU VIGNOBLE À LA TABLE

corse • 9 AOC, 9 SIGNATURES DE VIN

GRANIT, SOLEIL, VENT :
LA SIGNATURE FIGARI DES VINS DE CORSE

À l’extrême sud de la Corse, l’AOC Corse Figari produit des vins rouges, rosés et blancs secs. Entre Figari, Monacia-d’Aullène et Pianottoli-Caldarello, cette appellation lumineuse et très ventée donne des rouges structurés, des rosés vifs et des blancs floraux. Visite guidée d’une appellation de caractère.

APPELLATION VILLAGE

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L’AOC Corse Figari appartient à l’appellation « Vin de Corse » ou « Corse », complétée par la dénomination géographique « Figari », l’une des cinq appellation Village de la région viticole. Son aire se situe en Corse-du-Sud, autour de trois communes : Figari, Monacia-d’Aullène et Pianottoli-Caldarello. Dans ce secteur proche de Bonifacio, le vignoble s’inscrit dans l’une des terres les plus méridionales et ensoleillées de France. Le paysage est rude, ouvert, minéral, balayé par les vents. Les vignes y composent avec la sécheresse, la lumière, les sols pauvres et la présence permanente du maquis. Reconnue dans le cadre de l’AOC Corse en 1976, puis délimitée par l’INAO avec une aire parcellaire approuvée en 1985, l’AOC Corse Figari incarne un vignoble ancien, exigeant et profondément insulaire.

AOC VILLAGE CORSE FIGARI : REPÈRES UTILES
COULEURCÉPAGES PRINCIPAUXCÉPAGES SECONDAIRES
ROUGE
(~29 % de la production)
Grenache N, niellucciu N, sciaccarellu N.Aléatico N, barbaroux Rs, carcajolo N, carignan N, cinsaut N, morrastel N, mourvèdre N, syrah N, vermentinu B.
LE STYLE
Avec accords
Mets Vin

Rouge bien structuré, robe profonde, fruits, réglisse, cuir, bouche soyeuse et longue.

Accords mets : Viandes grillées, agneau, civet, plats mijotés, fromages de brebis.

BLANC
(~22 % de la production)
Vermentinu B, au moins 75 % de l’encépagement.Biancu gentile B, codivarta B, genovese B, ugni blanc B.
LE STYLE
Avec accords
Mets Vin

Blanc floral, frais, notes exotiques, agrumes, bouche structurée et persistante.

Accords mets : Poissons, crustacés, brocciu, fromages de chèvre, apéritif.

ROSÉ
(~49 % de la production)
Grenache N, niellucciu N, sciaccarellu N.Aléatico N, barbaroux Rs, carcajolo N, carignan N, cinsaut N, morrastel N, mourvèdre N, syrah N, vermentinu B.
LE STYLE
Avec accords
Mets Vin

Rosé vif, coloré, fruité, floral, frais.

Accords mets : Poissons grillés, salades, légumes du soleil, viandes blanches, cuisine méditerranéenne.

PRODUCTION TOTALE/AN

5 265 hl

NB DE DOMAINES

9 caves

SOLS DOMINANTS

Granit arénisé, formations cristallines anciennes.

CLIMAT

Méditerranéen, très ensoleillé, rude et très venté.

RELIEF

Extrême sud corse, coteaux ouverts, maquis, proximité méditerranéenne.

POTENTIEL DE GARDE

Rouge : 4 à 5 ans. Rosé : à boire jeune. Blanc : environ 2 ans.

UNE VIGNE ANCIENNE

L’histoire de Figari commence très tôt. Le site officiel Vins de Corse présente cette appellation comme un vignoble ancien, sans doute le plus vieux de Corse, où les premières vignes seraient apparues dès le Vᵉ siècle avant Jésus-Christ. Cette indication rejoint le fil historique général du cahier des charges, qui attribue les débuts de la viticulture corse aux Grecs, lorsque l’île entre dans la civilisation de la vigne et du vin.

Dans l’Antiquité, la vigne accompagne les échanges méditerranéens. La Corse, par sa position entre Italie, Sardaigne et Provence, s’inscrit dans un monde maritime où le vin circule avec les hommes, les amphores, les savoir-faire et les usages alimentaires. Le cahier des charges rappelle que la période romaine apporte ensuite une maîtrise accrue de la conduite de la vigne et des techniques d’élaboration. Le vin touche alors toutes les classes sociales, des plus modestes aux élites.

Au Moyen Âge, après les périodes d’instabilité qui suivent la chute de l’Empire romain, la Corse se rapproche de Pise, puis de Gênes. L’Église romane donne un nouvel élan à la viticulture en développant le commerce du vin. Dans le sud de l’île, la vigne s’enracine dans des terres difficiles, mais adaptées à une culture de résistance. Les parcelles, les terrasses et les coteaux s’organisent progressivement autour d’un paysage agricole façonné par la pierre, le vent et la mer.

L’époque moderne confirme cette relation entre vigne et territoire. Les vins corses restent liés aux échanges méditerranéens et aux usages locaux.

Au XIXᵉ siècle, comme partout en France, le phylloxéra, cette maladie du puceron venu d'Amérique qui dévore les racines des ceps, n’épargne pas la zone de Figari et près de 85% de la vigne corse est anéantie. Les vignerons de Figari, loin de se résigner, greffent alors des cépages locaux sur des porte-greffes américains résistants. La reconstruction est lente mais se restructure progressivement.

Le XXᵉ siècle, après une phase de développement plus productiviste dans les années 1960 et 1970, les producteurs corses engagent une reconquête qualitative. La reconnaissance de l’AOC « Vin de Corse » ou « Corse » intervient en 1976, avec la possibilité d’y adjoindre plusieurs dénominations géographiques, dont Figari. L’aire parcellaire de la dénomination est ensuite approuvée par l’INAO le 14 février 1985, puis complétée en 2017. Depuis, Figari affirme une voie propre : celle d’un vignoble de petit volume, porté par des vins de caractère et par une nouvelle génération de vignerons.

GRANIT, SOLEIL, VENT…

Le terroir de l’AOC Corse Figari tient d’abord à son extrême sud. Ici, la Corse se fait plus sèche, plus lumineuse, plus exposée. Les vignes sont implantées dans un paysage ouvert, entre collines basses, maquis, pierres claires et horizons méditerranéens. L’appellation partage avec Bonifacio l’image d’une terre parmi les plus ensoleillées de France. Cette lumière donne au raisin une maturité généreuse, mais elle impose aussi une conduite attentive de la vigne.

La géologie s’inscrit dans la grande Corse granitique du sud et de l’ouest. Le cahier des charges rappelle que les secteurs de Calvi, Figari, Porto-Vecchio et Sartène reposent sur des formations cristallines anciennes. Les sols développés sur granit arénisé occupent donc une place essentielle. Ils sont souvent pauvres, filtrants, parfois secs, et limitent naturellement la vigueur de la vigne. Cette contrainte favorise des rendements modérés, une bonne concentration des raisins et une expression plus directe du lieu.

Dans ce contexte, la vigne doit chercher son équilibre. Les sols pauvres obligent les racines à descendre, à résister, à capter l’eau disponible quand elle se présente. Les situations disposant d’une meilleure réserve hydrique sont précieuses, car le climat sec peut bloquer la maturité lors des périodes de stress estival. Le rôle du vigneron consiste alors à accompagner la plante sans chercher l’excès : préserver le feuillage, gérer la charge en raisin, maintenir un état sanitaire sain et attendre la maturité juste.

Le vent est l’autre grande signature de Figari. Le site officiel Vins de Corse insiste sur un climat rude et très venté, qui rend la viticulture complexe. Ce vent peut durcir les conditions de travail, accentuer la sécheresse et fragiliser la vigne.

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Mais il joue aussi un rôle protecteur. Il sèche les grappes, limite certaines pressions sanitaires et participe à une maturation plus saine. À Figari, le vent n’est donc pas un simple décor. Il est un acteur du vin.

L’appellation produit ainsi des vins marqués par la tension entre puissance solaire et fraîcheur venteuse. Les rouges trouvent dans ces sols et ce climat une structure solide. Les rosés conservent de la vivacité et de la couleur. Les blancs, issus majoritairement du vermentinu, gagnent une expression florale et parfois exotique. Aucun chiffre officiel consolidé sur la part de l’AOC conduite en Haute Valeur Environnementale, en agriculture biologique ou en biodynamie n’a été identifié dans les sources autorisées consultées. L’article ne chiffre donc pas ces démarches.

CÉPAGES DU MAQUIS

L’AOC Corse Figari produit les trois couleurs : rouge, rosé et blanc. Pour les rouges et les rosés, elle s’appuie sur les grands cépages insulaires et méditerranéens : grenache, niellucciu et sciaccarellu. Ces trois cépages forment la base de l’identité locale. Ils doivent représenter au moins la moitié de l’encépagement, tandis que le niellucciu et le sciaccarellu doivent, ensemble, atteindre au moins un tiers. Leur rôle est complémentaire. Le niellucciu apporte de la structure, de la profondeur et une certaine densité. Le sciaccarellu donne davantage de finesse, d’élégance et d’expression aromatique, souvent avec des nuances épicées. Enfin, le grenache complète l’ensemble par sa rondeur, sa chaleur et sa capacité à lier les équilibres. À Figari, ces cépages ne cherchent pas à produire des vins standardisés. Ils traduisent plutôt la force d’un terroir sec, venté et solaire.

Des cépages accessoires peuvent accompagner cette base, comme l’aléatico, le barbaroux, le carcajolo, le carignan, le cinsaut, le morrastel, le mourvèdre, la syrah et le vermentinu. Leur présence reste encadrée par le cahier des charges. L’objectif n’est pas de multiplier les variétés pour brouiller l’identité du vin, mais d’ajuster les équilibres selon les sols, les expositions et les millésimes.

Pour les blancs, le vermentinu, aussi appelé malvoisie de Corse, domine largement. Il doit représenter au moins 75 % de l’encépagement. Il peut être complété par le biancu gentile, la codivarta, le genovese ou l’ugni blanc, dans des proportions limitées. Sous le climat de Figari, le vermentinu prend une expression florale, fraîche et parfois exotique, sans perdre la tension que lui apporte le vent.

À la vigne, les règles sont strictes. Les rendements sont limités à 50 hectolitres par hectare pour les blancs et les rosés, et à 45 hectolitres par hectare pour les rouges, avec un rendement butoir de 50 hectolitres par hectare. Les vins rouges font l’objet d’un élevage au moins jusqu’au 15 mars de l’année suivant celle de la récolte.

STRUCTURE, FLEURS, VIVACITÉ

Les rouges de l’AOC Corse Figari représentent environ 29 % de la production. Ils se distinguent par une robe profonde et une structure affirmée. Les rouges issus principalement du niellucciu et du sciaccarellu apportent des arômes fruités avec des nuances de réglisse et de cuir. En bouche, le palais est soyeux et présente une belle longueur. À table, ce vin, servis entre 16 et 18 °C, accompagne à merveille les viandes grillées, l’agneau, les plats mijotés, les civets ou les fromages de brebis.

Les rosés représentent environ 49 % de la production. Ils sont vifs, colorés et expressifs. À Figari, leur caractère vient de la rencontre entre maturité solaire et fraîcheur du vent. Les arômes peuvent être fruités, floraux ou légèrement épicés selon les assemblages. Leur bouche doit rester fraîche, nette et gourmande. Ils accompagnent naturellement les poissons grillés, les salades méditerranéennes, les légumes du soleil, les viandes blanches ou les cuisines parfumées. Ils se servent frais, entre 7 et 10 °C, et se dégustent plutôt jeunes.

Les blancs représentent environ 22 % de la production. Principalement issus du vermentinu, les blancs présentent un nez floral, généreux et frais, mêlant agrumes et fruits exotiques, puis une bouche structurée et persistante, sans agressivité. Servis entre 7 et 10 °C, ces blancs s’accordent avec les poissons, les crustacés, le brocciu, les fromages de chèvre ou un apéritif marin. Généralement, il est conseillé de les consommer jeune avec une garde autour de deux ans.

Côté reconnaissance, le Guide Hachette des Vins et Le Figaro Vin référencent régulièrement des vins de Corse Figari dans leurs sélections.

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